Groupes de musique

Grand Blanc : un kaléidoscope de sonorités électropunk

LuxByNight

Un style « physique » empreint de noirceur et de violence, un « bordel organisé de
sonorités », c’est par ces mots que les membres du groupe Grand Blanc dépeignent
leur musique électropunk à la française, volontairement déstructurée. Une recette
qui fait mouche dans la francophonie mais aussi au-delà. Interview.

Tout d’abord, pourquoi Grand Blanc ?
Camille : C’est toujours compliqué de trouver un nom pour un groupe de musique. En fait,
un beau jour, on s’est mis ensemble et débité tout ce qui nous est passé par la tête, et
c’est sur « Grand Blanc » que s’est porté notre choix. « Grand Blanc », on a trouvé ça
ambivalent, mystique, à la fois lumineux et froid, et donc sujet à toutes les
interprétations.

Grand Blanc connaît un réel engouement en France, avec un premier album, Mémoires Vives, sorti
en 2016, très bien accueilli par la critique. Qu’en est-il à l’étranger ?
Ben: : A l’heure actuelle, nous nous produisons avant tout dans la francophonie, en
premier lieu en France, mais également en Suisse, en Belgique, au Luxembourg et, dans
une moindre mesure, au Québec.
Ceci étant, nous chantons de plus en plus souvent dans des pays ou régions non
francophones, notamment au Canada anglophone, au Portugal ou encore en Asie, par
exemple. Et bien que la langue puisse être un obstacle, nous avons constaté un réel
engouement de la part de ce public non francophone. Cela tient sans doute au fait que
nous nous efforçons à rendre nos textes le plus musical possible, de sorte que la musique
des mots fait mouche aussi auprès d’un public étranger.

Vous évoquiez le Luxembourg…
Camille : Nous avons joué deux fois au Luxembourg, à la Rockhal. Une première fois à nos
débuts en 2012, en première partie du groupe Fauve, la deuxième, lors du « Sonic Vision »,
il y a deux ans et demi. Nous n’avons cependant pas encore eu l’occasion d’y présenter
Mémoires Vives…

Dans une interview, vous expliquez que votre musique est « topographique ». Pouvez-vous
préciser ? Quelle est la marque de fabrique de Grand Blanc, par rapport aux autres groupes de rock
électro/électro pop du moment ?
Ben: Nos chansons ne relatent pas d’histoires très claires mais plutôt des états d’âmes. Nos
textes sont volontairement déstructurés et s’opposent ainsi aux narrations complexes qui
prévalent souvent dans la musique française. Dans nos textes, pas d’histoires bien ficelées,
mais des descriptions du monde qui nous entoure, tel qu’il est, et qui font la part belle aux
objets, aux lieux, aux allusions. Il faut pour cela faire un effort mental pour se représenter
les réalités que nous dépeignons.

Au niveau des sonorités, nous recherchons volontiers les sonorités « indus » (industrielles)
qui peuvent renvoyer au bruit ambiant de la vie quotidienne. On passe aussi beaucoup de
temps sur nos logiciels à jouer aux legos avec nos chansons que l’on construit un peu
comme on composerait un morceau techno.

Le groupe existe depuis 2012. Dans quel contexte est né le premier album ? Est-il le fruit de
plusieurs années d’expérimentation ou au contraire un exercice spontané ?
Ben: L’album est représentatif de la manière dont nous avons appris et, surtout, consommé
la musique. Concrètement, nous avons grandi avec les plateformes de téléchargement sur
Internet et n’avons pas connu l’époque des disquaires, ce qui fait que nous sommes
habitués au mélange des genres. L’esprit de l’album repose donc sur un « bordel organisé »
de sonorités.
Vincent : Je dirais qu’il s’agit d’un exercice spontané, et c’est d’ailleurs notre philosophie.
Nous avons cherché tant pour l’EP que pour le CD à nous mettre en danger en ayant recours
à de nouveaux instruments, en essayant de nouveaux styles de musique, etc. Par ailleurs,
nous avons volontairement travaillé dans l’urgence, en nous fixant une échéance arbitraire
assez short ; le stress que cela occasionne est assez jouissif.

Mémoires Vives distille clairement de la noirceur, tant au niveau des textes que de la musique.
Doit-on voir là le signe d’une jeune génération désabusée ?
Ben: Non, pas vraiment. Certes, notre musique charrie un peu de noirceur, de violence, de
rébellion, mais cela s’explique avant tout par le style musical, qui se veut « physique ». La
noirceur est là pour créer de la tension avec les éléments joyeux et énergiques. En cela, il
n’y a pas de constat d’échec de notre part. En outre, si l’on retrouve dans nos textes des
critiques du monde contemporain, Grand Blanc n’a pas vocation à véhiculer des messages
politiques.

Une des chansons de l’album s’intitule Amour fou. Faut-il y voir une allusion au récit éponyme
d’André Breton, et, par extension, au surréalisme ?
Benoît : Amour Fou est un des derniers titres de l’album. Si je connaissais l’existence du
récit d’André Breton lorsque j’ai écrit la chanson et en ai repris le titre, je ne l’avais pas
encore lu. Il n’y a donc pas de référence directe à l’écrivain. Ceci étant, au final, on peut
considérer que ce n’est pas vraiment un hasard, puisque Grand Blanc a indubitablement des
similitudes avec ce courant littéraire. Comme évoqué, nos textes sont quelque peu
informes et invisibles, à l’image des écrits surréalistes qui laissent s’exprimer la voix
intérieure inconsciente.

Avez-vous de nouveaux projets dans les cartons ?
Camille : A l’heure où on te parle, on vient d’arriver dans une magnifique maison en
Normandie perdue au milieu de nulle part, avec pour objectif, l’espace d’un mois, de
trouver l’inspiration pour la création de notre nouvel album. Nous n’avons à présent encore
aucune idée sur la teneur de l’album, et encore moins sur son titre. Le but est d’essayer
d’enregistrer le plus de choses possibles pour ne pas avoir à passer trop de temps en studio
à notre retour à Paris.

Comment voyez-vous l’évolution de votre groupe avec les années ? Où serez-vous dans dix ans ?
Ben : Trois disques de platine et les guest stars de Bercy [rires]. Trèves de plaisanteries, on
aimerait humainement poursuivre ce qu’on fait aujourd’hui, c’est-à-dire beaucoup d’amour
et beaucoup de musique. Je pense qu’aucun d’entre nous se projette réellement dans le
futur.

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