Interviews

L’étoile montante franco-luxembourgeoise du 7 e art

Astrid-Ross

Astrid Roos, un nom encore inconnu du grand public luxembourgeois. Et pourtant,
la jeune actrice franco-luxembourgeoise enchaîne les rôles au cinéma, sur le petit
écran et au théâtre ces deux dernières années. L’occasion pour LuxByNight de
revenir sur son jeune parcours, son regard sur le cinéma… et plus particulièrement
sur la production luxembourgeoise. Interview.

Astrid, tu es une actrice franco-luxembourgeoise qui s’est fait connaître en 2012 en décrochant l’un
des rôles principaux dans le film Tanjaoui de Moumen Smihi, sélectionné au Festival international
du film de Marrakech. Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Oh, c’est un exercice difficile que de se présenter de but en blanc (rire). Je suis attirée par tout ce qui
touche au domaine artistique depuis ma plus tendre enfance. Toute petite, je dessinais déjà avant de
prendre des cours de musique et de théâtre, sans pour autant jamais avoir envisagé d’embrasser une
carrière artistique. Je tourne au cinéma et à la télévision depuis plusieurs années, et me produit aussi
au théâtre ; j’aime à dire pour cela que je suis une actrice chanceuse (rire).
Quant à mes attaches avec le Luxembourg, bien que j’aie un parent luxembourgeois, je n’y ai jamais
vécu. Aussi, le Grand-Duché a toujours été pour moi avant tout synonyme de « lieu de villégiature »
et de retrouvailles avec certains membres de ma famille. C’est donc un pays que j’aimerais encore
découvrir davantage.

Qu’est-ce qui t’a poussée à embrasser une carrière de comédienne, toi qui t’es tout d’abord
orientée vers la psychologie ?

J’avais vraiment envie de devenir psychologue pour enfants, dans une optique peut-être très
idéaliste de chercher à « sauver » les êtres humains au premier stade de la vie, partant du principe
que si les traumatismes étaient pris en charge en amont, il y aurait moins d’adultes névrosés, et le
monde ne s’en trouverait que plus beau et meilleur. Bien qu’ayant décroché mon diplôme de
psychologie, j’ai réalisé que je n’étais pas faite pour ce métier car de nature bien trop sensible.
Le hasard a voulu que je me fasse aborder un jour – à proximité du Jardin du Luxembourg à Paris
d’ailleurs – par un manager américain de passage dans la capitale, qui m’a rapidement présenté à un
agent. Voici donc comment a débuté l’aventure.

Tu as multiplié les tournages ces deux dernières années, de Wa’alaikumussalam Paris à Bonne
Pomme en passant par Laskar Pelangi 2. Quelles ont été tes plus belles expériences, les moins
bonnes ?

Dans l’ensemble, je dois dire que j’ai vécu de très bonnes expériences et ai eu l’occasion de faire de
belles rencontres, ce que j’aime par-dessus tout. Ces tournages avec des réalisateurs étrangers m’ont
permis de beaucoup voyager – plus que lors de toutes mes vacances cumulées jusqu’à ce jour (rire) -
et de découvrir de nouvelles cultures.
Aussi passionnantes soient-elles, ces relations interculturelles impliquent cependant une adaptation
très rapide, ce qui est parfois déroutant. Mais dès lors que tu te laisses aller aux envies du
réalisateur, il y a un déclic qui surgit et une complicité mutuelle qui s’installe.
Ce que j’aurai vécu de plus fort, sans doute, c’est la pièce de théâtre Maris et femmes, pour la
symbiose avec le public, souvent subjugué, en larmes. Cette énergie, cette générosité qui émanent
du public font du théâtre quelque chose de magique à mes yeux.

On y vient précisément. Maris et femmes est une pièce adaptée du film de Woody Allen, au
Théâtre de Paris, qui a été saluée par la critique et lui a valu une nomination aux Molières 2016.
Quelle est la trame de cette comédie ? Ton rôle ?

Alors que Woody Allen a voulu mettre en scène un film sombre sur la vie de couple, l’adaptation de
Christian Siméon au théâtre se veut, elle, au contraire drôle et caustique. Le sujet est profond, la
pièce intelligente mais très rythmée et empreinte d’une grande fraîcheur. C’est donc à mon sens un
tour de force de la part de Christian Siméon. La trame reste toutefois la même : l’histoire de deux
couples de quadras qui vont traverser une période tumultueuse mais qui sauront se remettre en
question à temps.
En ce qui me concerne, je joue le rôle d’une prof d’aérobic un peu naïve qui va semer le trouble dans
la vie d’un des deux couples, éperdument amoureuse du mari intellectuel qu’elle va vouloir
transformer jusqu’au moment où celui-ci se ravise…

Quel regard portes-tu sur le cinéma contemporain ? Que distille-t- il ? Quels sont tes genres
cinématographiques et tes réalisateurs fétiches ?

Plus jeune, j’avais la nostalgie de la Nouvelle Vague, car j’avais du mal à trouver de l’intérêt dans les
films produits alors. Aujourd’hui, il y a une nouvelle génération de jeunes réalisateurs bourrée de
talent qui cartonne, à l’instar de Xavier Dolan, James Grey, Justine Triet ou encore Alejandro Iñárritu,
pour ne citer qu’eux. Leurs œuvres cinématographiques sont très poétiques, distillent à la fois
beaucoup de sensibilité mais aussi de réalisme, et vont à mon sens plus loin que ce qui a été fait
auparavant. En cela, ces œuvres souvent teintées de sérieux et d’ironie s’inscrivent particulièrement
bien dans notre époque.

A quoi ressemblera selon toi le cinéma de demain ?

Je constate qu’il y a de plus en plus de jeunes cinéastes qui réalisent de beaux films avec les
« moyens du bord », et que la profession a donc compris qu’il était possible de faire du cinéma avec
très peu d’argent. Je pense qu’on assiste ainsi à un changement de paradigme, lequel, j’espère,
conduira à une nouvelle forme de créativité dégageant davantage de fraîcheur.
A côté de cela, il y a un manque de prise de risque flagrant au niveau des plus grosses productions
qui recherchent avant tout le consensualisme, et toujours plus de censure dans le traitement des
sujets, ce qui est fort regrettable.
Parallèlement, il faudra compter dans le futur sur l’avènement de la réalité virtuelle au cinéma, qui
devrait fortement bousculer le 7 e art. Celui-ci sera peut-être même amené à opérer une mue pour
inclure cette nouvelle donne de taille.

Tu as été retenue pour l’enregistrement du livre Le terrorisme expliqué à nos enfants, écrit par
Tahar Ben Jelloun. Qu’est-ce qui t’a poussée à donner ta voix à ce livre ? Quelle expérience en as-tu
tiré ?

Pour revenir un instant sur le livre, Tahar Ben Jelloun, dans son livre, traite le sujet du terrorisme en
tant que musulman qui cherche à faire la part des choses sur la question du fondamentalisme
islamique, soulignant l’importance de revenir aux fondamentaux pour éviter l’endoctrinement des
jeunes, à savoir l’éducation.
Ca m’est tombé dessus un peu par hasard, mais j’ai tout de suite eu envie de défendre ce projet qui
m’a donné l’impression de véritablement servir à quelque chose. En effet, pour moi, le métier de
comédien consiste aussi à transmettre des informations, à développer des sujets complexes sur
lesquels le grand public a parfois des idées brouillonnes ou préconçues, qui sont justement à l’origine
d’actes violents voire même inhumains, avec l’objectif peut-être naïf de participer à enrayer ce type
de violences.

Tu as joué en 2013 dans le court métrage Manon réalisé par Quentin Montagne, produit et tourné
au Luxembourg. Quel est ton regard sur la production cinématographique luxembourgeoise ?

J’ai l’impression que la production luxembourgeoise est en pleine expansion, malgré l’image que
reflète encore le Grand-Duché, celui d’un pays qui se cantonne à la coproduction. Or les producteurs
étrangers s’intéressent de près au Luxembourg pour les possibilités de tournage ainsi que de
financements, bien sûr. Aussi, j’estime que l’on entendra de plus en plus parler de cinéma
luxembourgeois dans les années à venir.

Astrid, outre Bonne Pomme qui sortira sur les écrans en 2017, quels sont tes projets dans les
cartons pour la nouvelle année ?

De janvier à mai 2017, je pars en tournée dans toute la France et la Suisse avec la pièce de théâtre
Maris et femmes. Je vais par ailleurs tourner dans un court métrage, le Bruit de la Mer, nom encore
susceptible de changer, que la réalisatrice Géraldine Marie a gentiment écrit pour moi. Je vais
également jouer dans la biographie sous forme de websérie consacrée au peintre De la Croix. Last
but not least, j’aimerais passer de l’autre côté de la caméra et passer à la réalisation d’un court
métrage.
Philippe Roseren
astrid-ross-3

RELATED BY