Dossiers thematiques

Vers une nouvelle (auto)mobilité ?

LuxByNight

« Auto-partage », « co-voiturage », autant de concepts intéressants pour
contrer le fléau des bouchons dans le pays, qui nous ont conduits dans le
cadre de ce dossier automobile à pousser la porte d’une start-up
luxembourgeoise spécialisée dans les solutions d’« automobilité »
alternatives, Examotive. Même si l’on avait souhaité en apprendre plus, tout
nous laisse à penser que cette jeune pousse IT est amenée à bousculer les
codes du secteur. Interview de Mauro Mariani, son PDG et fondateur.

Mauro Mariani, vous êtes à la tête de la start-up Examotive, spécialisée dans les solutions
de mobilité ou plutôt d’« automobilité » intelligentes. En quoi consistent exactement ces
solutions et à qui s’adressent-elles ?
Nous vivons une véritable révolution dans la mobilité urbaine, rendue possible par les
nouvelles technologies qui ne cessent de se perfectionner. Ainsi, Examotive est une société IT
qui développe de nouvelles solutions de mobilité intelligente, à savoir des solutions d’auto-
partage et, dans le futur, de covoiturage, destinées avant tout au milieu urbain.
Pouvez-vous nous rappeler les différences entre « autopartage » et « covoiturage » ?
L’auto-partage consiste à mettre un parc de véhicules à la disposition d’usagers, moyennant
un abonnement, en règle générale, et ce, pour des déplacements occasionnels. Le
covoiturage, lui, est le partage d’un même véhicule par plusieurs personnes qui effectuent le
même trajet, que ce soit pour un voyage ou le trajet domicile-travail.

Comment a débuté l’aventure et à quel stade de développement en êtes-vous
aujourd’hui ?
Nous avons débuté en février 2016, grâce au soutien de deux Business Angels, et nous
sommes parvenus à convaincre un grand groupe asiatique de participer à l’aventure grâce au
concours de Luxinnovation, que je tiens à remercier. Nous sommes actuellement sur le point
de lancer à Munich une solution qui se situe à mi-chemin entre auto-partage et location de
voitures. Hélas, je ne peux pas encore divulguer davantage d’informations, si ce n’est que la
plateforme met à disposition des véhicules sur l’ensemble du territoire de la ville, que le
déverrouillage des véhicules s’effectue par smartphone et que les démarches sont
nettement facilitées par rapport à la location de voitures puisque vous ne signez qu’une
seule fois et électroniquement, lors de votre adhésion sur la plateforme.

Bien qu’implantée au Luxembourg, c’est en premier lieu le marché allemand qu’Examotive
souhaite pénétrer. Pourquoi ?

Pour deux raisons. La première, parce que c’est un marché que nous connaissons très bien, la
deuxième, parce que les grandes villes allemandes se prêtent particulièrement bien au
déploiement de solutions d’auto-partage. Ces dernières remplissent en effet plusieurs
conditions préalables indispensables telles que la masse critique, un excellent réseau de
transport en commun et des mentalités très ouvertes sur la question.

En ce qui concerne la qualité du réseau de transport en commun, on pourrait penser le
contraire, à savoir que celui-ci constitue un frein au déploiement de solutions alternatives
qui n’auraient dès lors pas de raison d’être…
À première vue, oui, mais il faut voir le problème à l’envers : si le réseau de transport en
commun est d’excellente qualité, la population ne ressent pas la nécessité de posséder un
véhicule et devient alors une clientèle idéale pour des solutions d’auto-partage ou de
covoiturage, dans la mesure où il est très difficile de se passer complètement de la voiture.

D’après-vous, l’auto-partage est une des clés du décongestionnement des villes. Si la
technologie permet sans conteste cet usage, on est en droit de se demander si, dans
certains pays où la voiture règne en maître – notamment au Luxembourg – les mentalités
sont prêtes à franchir le pas…
C’est à la fois une question générationnelle, de mode de vie, de moyens et d’infrastructures.
Les jeunes générations, surtout en milieu urbain, voient de moins en moins la voiture comme
un marqueur de réussite sociale ; ce qu’ils recherchent, ce sont des solutions de mobilité.
Pire, la possession d’une voiture en milieu urbain est pour eux un fardeau. À Berlin, par
exemple, plus d’un habitant sur deux ne possède pas de voiture, ce qui, comme je l’évoquais,
est intéressant pour le déploiement de solutions d’auto-partage ou de covoiturage.
Au regard de ces paramètres, le Luxembourg s’affiche presque comme un contre-exemple
puisque la masse critique fait défaut, la densité urbaine n’est pas très importante, les
infrastructures sont encore perfectibles et le haut standard de vie n’incite pas à l’auto-
partage. En revanche, j’estime que le corporate car sharing a une réelle carte à jouer dans le
pays.

Nous avons pu rencontrer Ernest Pirsch, coordinateur de la House of Automobile, qui
regroupe tous les acteurs du secteur de l’automobile, en marge de l’Autofestival. Celui-ci
nous a expliqué que les constructeurs planchaient actuellement avec sérieux sur des
solutions globales de mobilité. Comment voyez-vous la chose ?
Tous les acteurs du secteur de l’automobile sont exposés à un très grand défi au niveau de
leur modèle économique. Autrement dit, ils n’ont d’autre choix que de prendre un virage s’ils
veulent survivre à terme, en se posant la question de la valeur ajoutée qu’ils peuvent
apporter dans l’ensemble de la chaîne de valeur de la mobilité dans le futur, laquelle sera de
plus en plus électrique, partagée et automatisée.

Plus généralement, en tant que créateur de start-up, quel message souhaitez-vous
transmettre aux jeunes Luxembourgeois et résidents ?
Il y a un degré de confort tel au Grand-Duché que beaucoup de jeunes ont tendance à
prendre le chemin de la facilité. Ce n’est pas critiquable en soi, mais tous ceux et celles

d’entre eux qui ont la fibre entrepreneuriale doivent se poser la question de savoir si
entreprendre avec passion n’est pas finalement la seule voie de l’épanouissement
professionnel. Que les hésitants parmi eux se disent qu’à partir du moment où leur idée est
bonne, il y aura toujours quelqu’un pour les aider dans ce pays. Je clame haut et fort qu’il y a
au Luxembourg plus d’argent que de bons projets.
PhR

RELATED BY